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vendredi 28 octobre 2016

Un demi siècle de cheminement vers la digitalisation des savoirs



Les formateurs d'aujourd'hui ne connaissent pas leur chance d'arriver au bon moment du développement de la pédagogie numérique. Il leur a construit un environnement de choix. Retracer ma propre expérience depuis les années 60 me permet de décrire la genèse de cet environnement.

Le contexte pédagogique et technologique


En toile de fond de cet historique il y a deux phénomènes majeurs qui marquent ces 50 dernières années.
On peut tout d'abord noter la dégradation continue des résultats obtenus par le système éducatif français. Les enquêtes internationales PISA de l'OCDE sont là pour en témoigner : en 2012, la France est à la 26ème place et les performances diminuent encore.

Sans lien direct, on peut ensuite remarquer la rapide évolution des technologies informatiques. On note surtout les progrès liés à Internet : naissance de l'ARPANET en 1960, premier courrier électronique en 1971, les 100 000 ordinateurs connectés en 1990... pour passer à  368 millions  dix ans plus tard. 
Mais, en parallèle, d'autres avancées se font : la première plateforme dédiée à l'enseignement (LMS) apparait vers 1990. Un tel logiciel développe des fonctionnalités spécifiques pour la formation à distance : chat, téléconférence, messagerie intégrée, forum, groupware (ou collecticiel), blog, tableau blanc, social learning... 

Les années de l'enseignement programmé


Revenons cinquante ans en arrière. Je faisais mon service dans la Marine Nationale, et avec les jeunes appelés de mon groupe, j’étais chargé de faire apprendre l'électronique aux matelots et aux officiers mariniers (ndlr : équivalent d’un sous-officier dans les autres corps) qui voulaient passer des examens pour monter en grade. La grande mode d'alors, c'était l'enseignement programmé, ou enseignement assisté par ordinateur.

L'enseignement programmé a apporté 4 éléments clés à l'enseignement sans la présence du professeur :
  • une manière de présenter les choses à apprendre en les mettant dans des situations-problèmes et la résolution de ces situations-problèmes menant à l'apprentissage voulu ;
  • une interactivité introduite par un questionnement pédagogique lié au repérage des erreurs typiques faites par les apprenants ;
  • l'organisation de déviations de parcours en fonction types d'erreurs faites ;
  • l'automaticité des apprentissages (possibilité de refaire les parcours, utilisation en tout lieu et en tout temps), liée à une programmation manuelle faite en Fortran ou en Cobol.





Les logiciels auteur et les plateformes spécifiques font également leur apparition.

En tout état de cause, pour des gens comme moi qui découvraient l'informatique et l'enseignement à distance, c’était une période enthousiasmante. On rêvait déjà à une diffusion de masse des savoirs !

Les années du télé-enseignement universitaire

Par la suite, dans les années 1980-1990, je débutais ma carrière comme assistant à l’université et j'étais chargé d'animer le télé-enseignement. Les cours étaient alors radiodiffusés et présentaient des inconvénients : horaires fixes, pas d'interactivité. Les exercices et devoirs étaient faits sur papier avec des envois postaux et le tutorat n'était en réalité qu'une correction des devoirs. On avait tout de même des rencontres physiques nécessaires à la motivation des étudiants de l’époque.



Ce qui est frappant dans cette époque du télé-enseignement universitaire c'est l'absence totale de moyens informatiques. Si la Marine Nationale avait ses ordinateurs, même à bord des bâtiments, l'Université n'avait aucun moyen informatique et le télé-enseignement se faisait avec la radio et la poste. A la même période, la Téluc du Québec et l'Open University de Londres étaient en avance en utilisant des médias plus souples et performants : la télévision et le téléphone. C’était un peu frustrant quand on y pense.

Mais au final, la surprise venait pour moi de cette motivation des étudiants, qui faisaient l’effort de venir de loin chaque samedi pour les regroupements périodiques prévus. Cela rythmait l’avancée de la formation, et leur motivation certaine nous poussait à perfectionner nos cours et à enrichir nos cas et nos exercices pratiques. Les questions posées, les demandes formulées...montraient à l'évidence les lacunes de nos apports. Mais à aucun moment il ne nous venait à l'idée de faire de ces séances de regroupement des séminaires d'application des cours radiodiffusés et des exercices envoyés par la poste. L'idée même de la combinaison complémentaire du distanciel et du présentiel, évidente désormais dans le blended learning, n'était pas présente.


Les années de FOAD à l'Université, en formation continue


Dans les années 1990-2000, l'équipement informatique des universités, la diffusion du réseau internet, la multiplication des sites en ligne, les avancées des Universités étrangères en FOAD (Formation Ouverte A Distance), l'arrivée sur le marché des premiers LMS, changent la donne. Les formations continues des universités sont aiguillonnées : elles peuvent monnayer des diplômes et essayer par là de sortir de la paupérisation vers laquelle ces institutions se dirigent.



Je suis alors directeur d'un département universitaire et je mets en route des formations continues à distance diplômantes.

Les solutions proposées alors sont d’une extrême pauvreté: des cours téléchargeables à imprimer, des exercices papier, des parcours de formation contraignants, du tutorat téléphonique à heures fixes sur un seul poste... Notons que les regroupements, tout à fait nécessaires pour palier les déficiences des serveurs, nous faisaient inventer avant la lettre, le fameux "blended learning" car, en effet, on y faisait des exercices d'application complémentaires.

On voit ensuite que tout change : les logiciels auteurs sont faciles d’accès et permettent aux formateurs de réaliser directement leurs e-learning, les parcours de formation sont individualisables selon les résultats obtenus à des tests de compétence, les plateformes sont devenues fiables, le e-tutorat est intégré et se fait en différé comme en synchrone, des certifications, validées par des experts, peuvent être décernées par des "Universités numériques d'entreprise"...

Une des grandes nouveautés pédagogiques des années actuelles est la réintroduction systématique des effets positifs du jeu dans les apprentissages. La gamification est désormais intégrée aux plateformes avancées et la théorie du serious game a gagné ses lettres de noblesses en étant validée par les sciences cognitives.

Pour les personnes engagées comme moi dans cette exploration de la formation continue à distance à l'Université, cette période fut extrêmement formatrice bien que parfaitement frustrante. Formatrice, car il existait alors toute une réflexion organisée sur l'enseignement à distance. On y prenant des idées et on les mettait en œuvre pour les tester. Ce fut le cas pour le e-tutorat téléphonique qui fut un de nos grand succès. Frustrante, car les moyens informatiques étaient lamentables et la bureaucratie, comme la mentalité universitaires, toujours freinantes.

Conclusion

C'est en jetant un tel coup d'œil rétrospectif sur l'évolution des choses en ce qui concerne la diffusion digitale des savoirs que l'on se rend compte que notre époque dispose désormais de puissants outils pour vraiment rentrer dans ce que les philosophes et les sociologues nomment : "le temps de la connaissance".

La post modernité apporte bien des problèmes. Mais la digitalisation des savoirs, en permettant une offre nouvelle et une diffusion large, devrait pour sa part, apporter une bouffée d'optimisme dont cette post modernité a bien besoin.








Par Alex MUCCHIELLI - Directeur pédagogique et co-fondateur de wearelearning.com



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